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Review | The Artist

Guifou - 5 octobre 2011
#Jeux vidéo Review | The Artist

Idée bien étrange, à l’ère de la 3d, de revenir à un genre totalement abandonné depuis plus de 80 ans : celui du cinéma muet. C’est pourtant le pari fou de Michel Hazanavicius, habitué des projets atypiques à commencer par le cultissime Grand détournement (de son vrai titre la classe américaine). The Artist, fresque visuelle narrant la chute d’une étoile du cinéma muet à l’heure du parlant s’inscrit parfaitement dans la démarche du réalisateur. Les bandes annonces étaient prometteuses, ce film l’est-il tout autant ?

George Valentin est la star de son époque, véritable icône d’un genre en apparence intouchable, le cinéma muet. Mais déjà le progrès arrive, amenant avec lui le son et la parole, balayant en un instant l’ancienne génération. Totalement dépassé et incapable d’accepter cette évolution, l’acteur sombre peu à peu dans l’oubli et la dépression. Parallèlement, l’actrice Peppy Miller devient une des étoiles d’Hollywood.

Le ton est posé, ce synopsis est triste et annonce bien des drames, celui de la disparition d’un genre. Nombre d’acteurs de leur époque n’y ont d’ailleurs pas survécu. Seul Chaplin surnagera un temps avec une ultime œuvre muette : les temps modernes. L’histoire de George Valentin et Peppy Miller est ainsi proche de celle de bien des artistes de cette période. Difficile de trouver des repères dans ce style si particulier. Tout repose sur le jeu d’acteurs, bien plus sollicité qu’à l’habitude. Les expressions s’accentuent, les gestes sont un peu plus exubérants, la musique soutient l’ambiance, le titrage pour certains dialogues, tout fini par venir. Et la recette fonctionne. Les acteurs, à commencer par Jean Dujardin, sont impressionnants de justesse. Lui, aussi à l’aise dans le rôle de star excentrique et assurée que dans celui d’homme brisé et dépressif. Bérénice Béjo, tout en finesse, irradie l’écran de ses sourires et de son énergie. Saluons également la performance de John Goodman en producteur stéréotypé plus vrai que nature, ainsi que James Cromwell, très touchant en majordome fidèle à son patron. N’oublions pas la présence du chien de Georges valentin, très étonnant car faisant bien plus que les habituels rôles animaliers. Le film, oscillant constamment entre drame et comédie, possède un rythme assez unique et très plaisant. Les plans et les techniques utilisées, loin de la modernité, ne gâchent absolument rien et permettent de montrer encore une fois qu’un grand film ne repose pas sur la technologie employée.

Résumer the Artist en une simple chronique est difficile tant l’absence de parole multiplie les interprétations du film. La symbolique est grande ici, baignant à la fois dans un destin que jusqu’au bout l’on croit inéluctable, et une idylle entre deux stars aux parcours croisés, de la rue jusqu’au sommet (ou l’inverse). Cette idylle justement, n’est pas traitée comme une simple histoire trop prévisible. Michel Hazanavicius, la présente comme un long parcours, étalé sur des années, implicite et parfois un peu floue, entre la fougue passionnée de Peppy Miller et et la fierté de George Valentin. Tous ces sentiments paraissent, par instants, transcendés par le genre, dans la folie muette de l’acteur ou les simples regards.

Plus encore qu’on ne pouvait l’espérer, Michel Hazanavicius frappe un très grand coup. Projet hors du temps et acteurs au sommet de leur art, cette fable atypique dans l’histoire du cinéma mérite de figurer au panthéon du genre. On parle déjà de nomination aux Oscars, commençons par un succès auprès du public.



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