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Pause Musicale Rétro | Shadowman – Tim Haywood

Guifou - 11 février 2013
#Pauses musicales Pause Musicale Rétro | Shadowman – Tim Haywood

Shadowman ! Le souffle vibrant d’un comic, transcendé dans l’énergie unique de feu le studio Acclaim, pourtant plus habitué aux jeux douteux qu’aux éloges. Un TPS maintenant vintage, concurrent à peine murmuré de la plantureuse Lara mais dans une approche sombre jusqu’à l’excès.

Shadowman

Ici pas d’air, de joie, de couleurs guillerettes, un monde forgé dans l’esthétique Lowecraftien et son symbolisme. La mort, les ombres, la mélancolie, un jeu infiniment dérangeant, surtout dans ses instants calmes. Des Influences diverses, puisées dans la chrétienté et le Vaudou. Ainsi est Shadowman : pur chef d’œuvre multiplateforme, légèrement érodé par la cataclysmique version PS1 et presque ignorée dans sa tardive mais néanmoins fabuleuse déclinaison Dreamcast.

Legion is my mane, for we are many

Jack Boniface, premier Shadowman (sorte de d’avatar contre les force du mal) et personnage original du Comics, n’est ici pas présent ni même évoqué. L’intrigue se base autour d’un certain Michael Leroy,  débutant 10 ans avant le jeu sur fond de malédiction (mais il faut avoir gardé le manuel). L’homme étant forcé, pour échapper à la mort, de devenir le Shadowman, puissant guerrier vaudou.

Le reste est extrêmement tranché dans son esthétisme et assez superficiel dans l’analyse des protagonistes. Tout est posé en tant que noir ou blanc, le Shadowman oscillant légèrement entre les deux, le joueur étant sans doute le seul à véritablement ressentir quelque chose ici.

Le gameplay, bien pensé, l’univers du soft et sa durée de vie colossale en ont fait un des hits de la 64 (seul « console » a en profiter dès sa sortie), sans doute le titre le plus noir mais aussi l’un des plus grandiose. A la différence des survival horror modernes, Shadowman se base quasi exclusivement sur une atmosphère, une approche de type art macabre, touchant davantage à l’effroi esthétique qu’à la peur facile de type dead space 2 ou même à l’angoisse suggérée d’un Amnesia ou d’un Slender. Je préfère le voir comme un tableau de Dix ou de Beksinski, pas effrayant  en soit mais diablement dérangeant, laissant face à un état quasi ultime de solitude.

Le jeu fut flanquée d’une suite assez anecdotique, non pas pour la qualité, acceptable, du soft, mais de par l’approche presque légère en comparaison du premier.

Pas de nouvelle depuis, si ce n’est en 2010 avec l’idée un peu folle et assez floue d’un remake amateur ayant pour nom Return to Deadside, sans réelle suite.

Soundtrack

La bande son fut, dans ce sens, un catalyseur puissant de cette atmosphère. Les thèmes reprennent une constante lancinante, un rythme lent, entre tribal et baroque, chrétienté et inspiration vaudou.

Il ne se dégage ainsi pas, contrairement à la plupart des survival (bien qu’il soit finalement loin du genre), de pistes un peu plus joyeuses ou rythmées. Pas de surprise donc, nous avons à faire à un sommet de musique dépressive, de quoi bien remuer l’esprit.

L’homme aux manettes est ici Tim Haywood (à voir ici ), un gaillard  pratiquement méconnu dans l’univers du jeu vidéo, dont Shadowman fut la seule œuvre vraiment marquante. Largement versé dans le style dit Darkwave et tous les genres New Age sombres ou Atmosphériques, on remarque une influence assez évidente de groupes comme Dead Can dance  époque Within the Realm (un album culte soit dit en passant).
Un peu en retrait depuis, l’homme est resté dans des sphères musicales pour le moins éthérées, en atteste son presque-oubli.

L’intro est à mon sens, un chef d’œuvre du genre. Courte, construite sur quelques lignes mélodiques, mais diablement efficace et surtout atypique, posant immédiatement l’impératif mélancolique d’un tel univers.

On pourrait considérer, sans doute à raison, l’ost comme minimaliste et un peu trop répétitive. Mais si la musique est effectivement marquée par une sorte de constante rythmique, les sonorités utilisées permettent de ne pas trop tourner en rond.

Le thème de Deadside, ou pompeusement royaume des morts en français, est probablement le plus lancinant. Structure réduite à l’épure, mais efficace.

Le thème de Jack est quant à lui plus atypique encore, puisqu’il ne s’agit pas d’une création originale mais du premier mouvement de la sonate « clair de lune » de Beethoven, le tout joué à l’envers.

L’œuvre joue largement des codes vaudous et chrétiens, cela dans un mélange assez réussi. Si les thèmes musicaux vont davantage évoquer la première influence, on retrouve quelques touches du second, de façon très diffuses voire imperceptibles, à part dans ce thème aux allures Grégoriennes (un peu anecdotique).

Parler des autres pistes reviendrait, presque immanquablement, à radoter. Si le compositeur n’est, faute d’autre titre, pas impressionnant quant à son CV, Shadowman reste un objet à part, légèrement inclassable et totalement versé dans son délire, OST y comprit.



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